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dimanche 25 avril 2021

Encounter

 Lorsque l'on évoque des rencontres,...

...certaines peuvent être plus belles que d'autres !


   Nous allons faire un nouveau petit bond dans le temps. Revenons une dizaine d'années en arrière, en 2010 plus précisément. Un nouveau fanzine arrive sur la toile ; en effet, il n'est disponible qu'en téléchargement. De mémoire, il me semble qu'il s'agissait d'une production néo-zélandaise, bien que l'adresse électronique fournie tende vers l'Australie ; mais peu importe. Son nom n'est autre que Encounter ; et il affiche clairement ce dont il va traiter : « A fanzine dedicated to the Classic D&D Game ! »

Une rencontre éphémère

   Bien qu'offrant une qualité indéniable (texte, rubriques, mise en page, illustrations etc.), ce fanzine n'aura eu qu'une brève vie puisque seuls quatre numéros seront publiés. Le premier sort en mars 2010, tandis que le dernier verra le jour en mars 2011. On ne peut que regretter cela, mais étant donné son sujet de prédilection, la niche de l'O.S.R. n'en était qu'à ses balbutiements et n'a probablement pas su offrir suffisamment de lecteurs. Et puis, bien entendu - et là, tous les rédacteurs seront d'accord -, la gestion d'une telle entreprise reste difficilement compatible avec le quotidien ; ce qui peut aussi expliquer cette courte longévité. Quoi qu'il en soit, ce fanzine aura donc été une comète dans le ciel du Jeu de Rôle, bien que sa régularité sur cette brève apparition ait été très professionnelle. Mais grâce à la technologie, il vous est possible de télécharger et lire à tête reposée ces numéros ; faites le détour, cela en vaut la peine (ici).

Une très belle couverture qui donne le ton !

Que trouve-t-on dans le #1 ?

   Le sommaire de ce premier numéro correspond aux critères nostalgiques des débuts de la vague O.S.R. En effet, on y trouve tout d'abord un court article qui se situerait entre le récit d'un souvenir de l'auteur et une rapide présentation d'un module emblématique du début des années '80, à savoir le X1 The Isle of Dread. Puis, un descriptif de ce qui vient d'être publié (attention, nous sommes en 2010 et « vient » est une figure à géométrie variable... !) : Advanced Edition Companion pour Labyrinth  Lord, la White Box pour Swords & Wizardry, les « derniers » numéros en date du fanzine OD&DITIES etc. L'ensemble couvre aussi des rétro-clones comme Lamentations of the Flame Princess ou Basic Fantasy Role-Playing Game. Puis, nous avons une aide de jeu pour donner un peu d'épaisseur aux P.N.J. par l'utilisation d'une table aléatoire (incontinence, arrogance, unijambiste etc.), un article de fond sur l'ordalie médiévale étayé par une belle bibliographie, quelques nouvelles créatures pour peupler vos mondes et autres recoins obscurs, une House Rule ayant pour sujet la tentation et les péchés (faut-il y voir un lien avec la présentation de l'île du X1... ?) et, pour conclure, quelques extraits de réflexions en provenance de la blogosphère O.S.R. Le texte abordant la question de l'impénitence et de l'attirance est très intéressant, mais aurait mérité - à mon sens - un développement plus approfondi. Comme toute règle maison, celle-ci appelle éventuellement à un travail d'enrichissement de la part des D.M. et des joueurs. Cela étant dit, c'est aussi le but des fanzines que celui d'offrir des pistes d'exploration.

Et... le module !

   Mais ce contenu, déjà très diversifié, ne saurait être complet et remplir le cahier des charges O.S.R. sans un module ! Ce dernier est défini pour un groupe de taille « standard » (comprenez 3 à 6 joueurs) de niveau 1 à 3. Souvenez-vous, nous sommes en 2010, les zombies se mettent à peupler largement nos écrans de télévision, et cette aventure comprend donc son lot de Morts-Vivants, comme il se doit. L'histoire - sans trop dévoiler la trame - implique un riche marchand collectionneur qui commet un impair et se trouve « maudit ». Les personnages doivent essayer d'éclaircir le mystère qui entache la demeure du négociant (un manoir). On trouve un savant dosage entre des pièges, des devinettes, de la magie et des créatures. Il n'y a que le final (l'épilogue devrais-je dire) qui me laisse perplexe. Compte tenu des faibles niveaux des aventuriers, je ne vois pas comment réaliser une belle fin, sauf à inclure cette aventure dans le cadre plus large d'une campagne ; là, il y a une chouette possibilité pour le groupe de personnages. Mais cela aurait peut-être demandé à être explicité dans l'introduction du module. Pour ma part, cela ne m'a pas dérangé outre mesure car j'ai glissé cette histoire dans le monde de la campagne que je mène. Néanmoins, cela reste une belle aventure qui peut tenir en haleine des joueurs débutants (pas uniquement les personnages) car il y a de multiples options et un bon compromis s'agissant du butin possible. C'est véritablement un module typique des années '80 comme on pouvait en trouver dans les fanzines/magazines de l'époque (je pense notamment à Casus Belli).

Une chouette rencontre donc...

   Voilà, j'en ai fini avec cette présentation. Je vous encourage à récupérer ce document ; vous pourrez même en faire une impression professionnelle sur des sites dédiés si vous aimez l'odeur du papier ! Il est vraiment dommage que cette publication n'ait pas pu perdurer car il y avait vraiment un potentiel. Allez, soyez curieux !


Pour l'heure... à l'aventure Compagnons !

jeudi 31 décembre 2020

Les aventuriers...

 ...des Wilderlands.

En route pour de nouvelles aventures

   Il y a donc deux ans, j'ai entamé la constitution d'une nouvelle table pour une campagne « ouverte » naissante. Il m'a tout de même fallu un peu de temps pour préparer l'ensemble puisque j'ai mis entre cinq et six mois pour le tout (ici). Durant ce temps de réflexion et de préparation, j'ai lancé quelques hameçons afin de vérifier si je trouverais bien les joueurs attendus. La surprise fût agréable car j'ai obtenu la formation d'un groupe de sept joueurs (dont deux femmes !) pour démarrer cette campagne. Autant dire que pour le lancement de cette dernière, j'étais gonflé à bloc !

Un début prometteur

   La création des personnages s'est faite avec un premier choix pour les joueurs : soit 3d6 pour chaque caractéristique et ils distribuent les résultats selon leur bon vouloir ; ou bien, 4d6 en soustrayant le dé ayant le résultat le plus faible mais en attribuant les valeurs dans l'ordre de la fiche de personnage, à savoir F., I., S., D., C. et Ch. (selon le canon de D&D). J'ai eu une assez bonne répartition entre les deux méthodes, ce qui a permis à tout le monde de jouer ce qu'il souhaitait. Bien que chacun ait déterminé la somme d'argent qui lui est attribuée en début de jeu, j'octroie un matériel de base considérant que les personnages n'ont pas décidé de partir à l'aventure du jour au lendemain. A mon sens, il est tout à fait plausible de considérer que chacun ait pu mettre un peu de monnaie de côté, se créant de la sorte un pécule de départ que je donne sous la forme de quelques pièces d'équipement (avec quelques limites, tout de même ; par exemple, les combattants ne peuvent débuter avec une armure de plate...). Par contre, le joueur qui omet un élément lors de la création devra se débrouiller pour trouver un exemplaire en cours de partie ; et certains équipements ne courent pas les rues ou bien peuvent avoir subi une inflation selon l'endroit où se retrouvent les personnages.

   Le groupe constitué était essentiellement axé sur des combattants à la base ; je dis cela car il y aura des changements suite à des décès. En effet, il y avait un ½ Ogre, un Guerrier (venant de la jungle de Lagoldurma, donc typé mésoaméricain), un Ranger, une Paladine, un Barbare Oriental (typé « mongol » et venant du royaume de Karak, à l'est), un Dragi (classe similaire à celle de l'Elfe - donc combattant et jeteur de sorts - possédant des traits draconiques, mais sans pouvoir particulier [ici] ; cette classe me sert de base pour l'antique peuple que l'on trouvait dans la Vallée des Anciens) et, pour finir, une Magicienne. Donc un groupe sans possibilité de soins et sans personnage furtif type Voleur. Je trouvais cela très bien car tous les joueurs savent que le style O.S.R. est létal et qu'il faut alors faire montre d'une très grande prudence... Je me réjouissais à l'avance des prouesses d'ingéniosité que le groupe allait devoir faire et j'attendais avec impatience de voir comment il allait se sortir des situations délicates et mortelles dans lesquelles il ne manquerait pas de se trouver.

Les festivités classiques avant l'aventure !

   Chaque personnage a eu connaissance de cinq rumeurs plus ou moins spécifiques (le Guerrier, la Paladine, le Barbare Oriental et le Dragi ont eu vent de choses particulières) qu'ils pouvaient, selon leur souhait, partager ou pas. Et c'est forts de tout ceci que les aventuriers ont entamé cette campagne qui s'annonçait épique...

Chez les Hobbits

   Le groupe a fait connaissance dans un petit village hobbit qui est réputé pour sa production viticole et vinicole. Un démarrage sans grande innovation puisque la quasi totalité des protagonistes est arrivée là en travaillant comme escorte d'une caravane marchande. Seul le ½ Ogre est natif de ce village ; c'est donc surtout pour lui que la rencontre va être décisive puisque ces baroudeurs vont lui donner la possibilité de partir à l'aventure en se joignant à eux et proposant, par le fait, son impressionnante corpulence qui peut servir à intimider... Rapidement, un événement survient : un petit convoi a été attaqué par des brigands et un seul survivant, ayant réussi à s'enfuir, vient quérir de l'aide dans le petit bourg. La communauté est en émoi et c'est avec courage que les aventuriers fraîchement arrivés proposent leurs services. Le village offrira une récompense pour cette intervention ; mais certains membres de la compagnie se félicitent d'intervenir gracieusement. L'aventure prévue est un module d'introduction reprenant les éléments fournis dans le manuel du Basic Set et développé à plusieurs mains par des membres du réputé site Dragonsfoot. Cette histoire pouvait être bouclée par la Compagnie, mais une vague rumeur d'un Dragon vivant potentiellement là-bas, dans les ruines d'un vieux château, a rapidement dissuadé les aventuriers d'approfondir leur expédition de sauvetage des prisonniers. Ainsi, lorsqu'ils eurent tôt fait de retrouver un marchand et une demoiselle (qui n'était autre que la fille d'un noble local !), ils rentrèrent au village sans demander leur reste.

Une entrée peu encourageante...

La peur de la campagne ouverte

   Ce qui est marquant, avec ce début de campagne, c'est la crainte qu'une rumeur a bien pu faire naître chez les personnages. Le style de jeu O.S.R. a pleinement joué ici ; les joueurs n'ont pas voulu prendre de risques inconsidérés et ont misés sur la prudence (n'oubliant pas que dans une campagne dite « ouverte », il est fort possible de faire des rencontres disproportionnées et donc possiblement létales). Bien leur en a pris, même si cela s'est fait au détriment d'une richesse potentielle. Ce qui a été aussi très amusant, c'est le caractère de chaque équipier qui s'est rapidement dévoilé. Mais le groupe a su intelligemment utiliser les capacités et autres compétences de chacun pour optimiser les résultats en minimisant les risques. Il y a eu une véritable recherche opérationnelle du problème soumis aux joueurs et ils ont agi en excellents tacticiens, ne laissant que peu de choix aux brigands (dont ils ont faits trois prisonniers). Un autre point fort intéressant se trouve être la suite donnée à cette première aventure. En effet, plutôt que d'essayer de retourner dans les ruines, les joueurs ont considéré que le chapitre était clos pour eux et ils ont donc réfléchi à ce qu'il fallait faire des prisonniers ainsi que de la jeune fille. Etant dans un village perdu en pleine campagne, la justice royale ne pouvait être rendue ici même. Par ailleurs, la demoiselle étant la fille d'un baron local, le groupe a donc pris la décision de convoyer la jeune femme, et les brigands prisonniers, auprès du seigneur local. Cette action aurait deux impacts notables : le premier, l'assurance d'une belle récompense en restituant la demoiselle à son père ; le second, une publicité glorieuse à la Compagnie qui prouverait, par ses actes, sa vaillance et sa volonté de combattre le Mal honorablement... Le relais de la justice étant alors transmis au noble, vassal du roi, qui aurait tout le loisir de juger lui-même les scélérats ou bien de les mener en la capitale royale. J'ai été particulièrement et agréablement surpris par la vitesse à laquelle l'équipe de joueurs a su s'adapter à ce que je leur proposait, à savoir la campagne ouverte.

Les perspectives envisageables

   Une fois au château dudit baron, les aventuriers ont donc pris leurs marques. J'avais, comme il se doit, concocté et préparé un module très connu et renommé pour cette compagnie d'explorateurs. Toutefois, compte tenu de la popularité de cette aventure, j'ai effectué quelques rajouts, transformant notablement l'ensemble - je ne voulais pas que quelqu'un puisse découvrir immédiatement ce qui était prévu et gâche ainsi son plaisir. Dans ce module, il y a des parties en extérieur ainsi que des incursions souterraines. J'ai revu à la hausse les « missions » se passant dehors tout en rajoutant des éléments pour les expéditions dans les cavernes et autres catacombes. Les joueurs pouvaient ainsi alterner entre le château (où il y a des intrigues internes), la campagne environnante et l'exploration des grottes - du Dungeon Crawling pur et dur. Ils ont aussi la possibilité de quitter les lieux pour découvrir le monde qui s'offre à eux... Une assez belle palette sur laquelle ils peuvent faire les choix qu'ils souhaitent, selon leurs aspirations et leurs envies ! Les personnages ont donc commencé par se faire connaître auprès du baron en lui ramenant sa fille et en lui livrant les brigands. Puis, ils ont proposé leur concours pour le cas où il y aurait besoin et donc rendu quelques menus services à la communauté. Bien entendu, cela les a conduits vers les cavernes dont ils ont entamé prudemment l'exploration.

La Compagnie souffre et s'agrandit

   Les pérégrinations souterraines n'ont pas été de tout repos malgré les précautions que le groupe a pu prendre. En effet, les aventuriers ont eu à déplorer des blessés (l'un a perdu l'ouïe sur une oreille et une autre a eu le bras directeur cassé ; ces deux blessures sont consécutives à des coups critiques portés par des créatures) ainsi que la perte de deux des leurs (le Dragi et la Magicienne), plus par manque de chance que par erreur tactique. Ces évènements ont incité notre Compagnie à faire preuve de davantage de circonspection afin de minimiser les risques liés aux aléas des dés. Dans la foulée, suite à la création de nouveaux personnages pour remplacer les défunts, il y a eu l'arrivée d'un Elfe et d'une Druidesse qui se sont substitués aux précédents respectivement. L'Elfe a, d'ailleurs, eu beaucoup de chance (?) car il est le seul membre de l'équipe a posséder un pouvoir psionique (je précise que j'applique la règle donnée dans le D.M.G. de AD&D concernant l'utilisation de ces capacités et du risque inhérent de rencontres avec des créatures usant elles aussi de ces mêmes aptitudes). Ensuite, pour pallier le manque de participants lors de certaines sessions (une seule fois, nous avons dû jouer avec une équipe restreinte à quatre joueurs ; ce fût l'occasion d'effectuer deux petites aventures en extérieur), j'ai élargi le recrutement (il faut dire aussi que l'un des joueurs - le Guerrier - a quitté l'aventure pour des raisons personnelles). La chance nous a souri car nous avons pu voir s'adjoindre quatre nouveaux joueurs (dont un de la gent féminine !). Le groupe s'étoffe et est désormais composé d'un ½ Ogre (sourd d'une oreille), d'un Ranger, d'une Paladine (qui a un bras cassé, pour le moment, et qui a réussi à se sortir d'une malédiction pour le moins déshonorante, abjecte et terriblement cruelle), d'un Barbare Oriental, d'un Elfe, d'une Druidesse, d'un autre Elfe (cacochyme, celui-ci), d'un Clerc, d'un Nain et d'une Dragi (la nouvelle joueuse) ; ce qui porte l'effectif à dix personnages ! A noter que les nouveaux arrivants ne connaissaient pas la constitution de la Compagnie et qu'ils ont donc fait des choix qui leur sont propres. Le groupe reste très axé sur le combat, même si l'élément magique s'est considérablement renforcé avec, désormais, trois combattants/jeteurs de sorts et deux personnages capables de prendre soin des autres. Il faut relever, par ailleurs, que le nombre de joueurs peu paraître lourd, mais il n'en est rien. J'ai la chance d'avoir d'excellents joueurs doués d'un savoir être au plus haut niveau. Même dans les situations où la discussion est de mise, les échanges se font toujours de manière cordiale, polie et respectueuse de la parole de chacun ; cela m'aide grandement dans la gestion de cette campagne. Et lorsque nous jouons en équipe complète, je dois avouer que je comprends les tablées que l'on peut trouver aux Etats-Unis et qui laissent certains D.M. parfaitement pantois (ici). C'est dans ces moments-là que je saisi pleinement les capacités extraordinaires de mon groupe de joueurs qui peut, en faisant tout de même montre de prudence, tenter de relever n'importe quel défi...

Toujours plus de menaces...

La suite...

   Et bien l'avenir nous dira ce qu'il en est. Notre rythme de jeu mensuel a sérieusement été étrillé par la pandémie et, au moment où j'écris ces lignes, cela fait maintenant plus de deux mois que nous n'avons pas pu nous réunir. Je gage qu'il faille encore un mois minimum - voire deux ?!? - avant que la Compagnie ne puisse reprendre du service. Quoi qu'il en soit, le développement suivi par les personnages jusque-là reste très satisfaisant. Ils poursuivent une exploration méthodique, entraînés en cela par un N.P.C. malveillant qui a d'autres desseins et cherche à exploiter au mieux les capacités et compétences de l'équipe. Un évènement extérieur est venu se greffer à l'ensemble et la Compagnie a su déjouer avec brio une attaque en règle du castel dans lequel ils siègent. Malheureusement pour eux, ils ne semblent pas percevoir les intrigues qui prennent forme petit à petit ; cela promet d'être épique pour le final. Grâce à leurs agissements, l'un d'entre eux va peut-être (s'il saisit cette chance) se hisser socialement et cela apportera un panel de choix qui pourra conduire le groupe sous d'autres cieux et à d'autres fonctions. Bien entendu, je ne peux me prévaloir des décisions que la bande va prendre, tant sur le court terme que sur le long. Les joueurs étant totalement libres, il m'est impossible d'imaginer ce qu'ils vont envisager de faire. Malgré tout, j'espère qu'ils sauront rester unis et que cela ne partira pas dans tous les sens (c'est un des risques majeurs d'un groupe nombreux). Pour les aspects ludico-techniques, les personnages sont presque tous au niveau 3 ; ce qui est appréciable si l'on prend en considération qu'il n'y avait pas de « soigneur » initialement. Mais maintenant, ils atteignent le virage fatidique dans lequel on voit beaucoup de décès, l'équilibre étant pour le moins précaire entre assurance et risques. En effet, c'est à ce stade-là que les personnages peuvent avoir envie de forcer la chance, de faire preuve d'audace et, parfois, le hasard - malheureux, cela est indéniable - en décide autrement, faisant passer de vie à trépas certains... Mais nous n'en sommes pas là et c'est le coeur empli d'espoir que j'attends la délivrance sanitaire pour écrire de nouvelles lignes avec mes amis joueurs !



En attendant ce jour... à l'aventure Compagnons !

lundi 27 juillet 2020

The Secrets of Blackmoor

The True History of Dungeons & Dragons...

...Une autre approche de la conception de notre hobby



   Derrière ce titre ne se cache pas un livre racontant la genèse du Jeu de Rôle, non. Il s'agit d'un film ou, pour être plus exact, d'un documentaire retraçant l'histoire et les origines de Dungeons & Dragons et cherchant, par le fait, à rétablir une part non négligeable de la paternité du jeu à Dave ARNESON.

Un contexte particulier



   Dès que l'argent ou le succès populaire entrent dans l'équation des créations humaines, des clivages interviennent à propos des reconnaissances - légitimes ou non - qui doivent être dues aux créateurs. Dans certains cas, la chose est aisée et non discutable ; dans d'autres, au contraire, cela peut mener à des dissensions voire à des procès. Par ailleurs, c'est dans de tels cas que nous voyons alors apparaître généralement deux camps : les pro et les anti (qui peuvent être alternés allègrement selon l'angle où vous vous placez). Notre jeu préféré n'échappe malheureusement pas à cette triste règle...

   Sans revenir sur l'histoire détaillée des reproches, attaques et autres critiques qu'on pu se faire messieurs Dave ARNESON et Gary GYGAX, chacun sait qu'il y eut des disputes et des controverses tournant autour du jeu Dungeons & Dragons. D'un naturel discret, Dave ARNESON - bien qu'il ne se soit pas laissé faire - n'a jamais cherché à faire de la publicité autour des désaccords qui l'opposaient à Gary GYGAX. Ce relatif effacement a laissé le champ libre pour Gary GYGAX qui a fini par être assimilé comme étant le seul créateur de Dungeons & Dragons (il n'est que de voir au jeu Trivial Pursuit la question relative à l'invention de D&D).
   Au sein de notre hobby, peu de gens connaissent le nom de Dave ARNESON et lorsque Gary GYGAX est décédé (en mars 2008), les éloges concernant Gary ne cessaient d'apparaître çà et là, dans la presse papier, sur les blogs et autres forums etc. Ceci provoqua une réaction dans la communauté rôliste, notamment auprès de ceux qui n'accordaient pas l'entière paternité du jeu au défunt. Ces prises de position se sont accentuées un an plus tard avec le décès de Dave ARNESON (avril 2009).


Le projet documentaire



   Partant de ce constat de faits, les réalisateurs du film ont cherché non pas à alimenter les querelles existantes mais, bien au contraire et selon l'expression, à « replacer l'église au centre du village ».
Il s'agit donc plus d'un document historique au sens propre du terme et l'ampleur de la tâche est, à elle seule, significative : six années de travail, deux cents heures d'interviews, vingt mille documents et photos et des visites dans douze villes des Etats-Unis... Le résultat est un film d'un peu plus de deux heures (2h11mn pour être précis) qui vous plonge véritablement dans la genèse de ce jeu qui a changé notre monde dans bien des domaines.

Tout est dans le titre... !

Ce documentaire a fait l'objet d'un financement participatif par le biais de K.S. et a su trouver une base solide de curieux, de fans et de collectionneurs pour que la campagne soit une réussite. Dans l'absolu, l'ensemble du film se décompose en deux parties. La première (qui est le sujet de mon papier) est d'ores et déjà disponible ; quant à la seconde, elle va faire l'objet d'une réalisation prochaine. Pour résumer en simplifiant, le premier film se concentre sur la genèse du jeu de rôle tandis que la seconde s'attachera à aborder le développement de Dungeons & Dragons.
A l'époque, je n'avais pas soutenu l'idée pour diverses raisons et c'est en accédant à quelques extraits que je me suis laissé tenté par cet achat. Force est de constater que je ne regrette nullement et je peux même dire que j'aurais pu me reprocher d'être passé à côté !

Le contenu de cette première partie


   Je vais tâcher de rester vague afin de ne rien vous divulguer ; ainsi la surprise restera entière.

   Tout d'abord, concernant les aspects techniques, tout est parfait à... une exception près. Le son est excellent, ce qui favorise grandement la compréhension des intervenants (car il n'y a pas de traduction quelle qu'elle soit) ; il y a bien les interviews de Robert KUNTZ qui sont un peu difficiles à saisir, mais cela est le fruit de la diction de ce monsieur... La lumière et la photographie sont aussi très bien ; la présentation des documents d'archive est claire et l'on distingue bien ce qui est à voir. La musique apporte l'ambiance attendue pour un tel documentaire : mélancolie et nostalgie quand il le faut, mouvement lorsque les thèmes abordés nécessitent un peu d'action et Fantasy dans les moments rattachés purement au jeu de rôle. Cette musique se confond très bien avec les émotions des intervenants (et du spectateur !) : la première intervention de Malia (fille de Dave ARNESON) est poignante ; en effet, elle évoque le fait que le « vieux » groupe originel des Twin Cities (Minneapolis et Saint-Paul dans le Minnesota) se retrouve chaque année en mai pour jouer sur Blackmoor et que l'année du décès de son père, la bande s'est tout de même rassemblée pour jouer (alors que Dave venait de partir en avril). Il y a d'autres instants très forts, mais je vous laisserai le soin de les découvrir.
Le seul point qui mériterait d'être corrigé pour le second opus concerne les incrustations de texte qui apparaissent lors de la présentation de documents. En effet, elles sont bien trop claires et le manque de contraste avec l'image rend la lecture parfois délicate.

L'objet...

   Abordons maintenant le contenu. Il s'agit véritablement d'un voyage dans le temps ! Celui-ci débute dans les années 1960 en nous présentant succinctement le « personnage principal » de l'histoire et ses passions. Puis, assez vite, nous avons droit à une découverte (pour ceux qui ne connaissent pas) du wargame et de la popularité de ces jeux aux Etats-Unis à cette époque-là (avec deux compagnies montantes, à savoir Avalon Hill et S.P.I.). Les réalisateurs ont le souci du détail car ils expliquent clairement comment se faisaient les rencontres entre joueurs à une époque où vous n'aviez même pas d'ordinateur personnel ! Sont évoqués aussi les clubs et les bulletins qu'ils pouvaient publier, les fanzines et autres magazines (tel The General d'Avalon Hill), les lieux de rencontres (très souvent dans les sous-sol des maisons ; ce qui est un sacré éclairage sur la culture populaire des Etats-Unis et explique aussi pourquoi les kids de Stranger Things jouent à Dungeons & Dragons dans le sous-sol), ainsi que les conventions.
   Ensuite, nous passons aux règles à proprement parler. Le jeu originel (Strategos, jeu publié aux Etats-Unis en 1880) qui a insufflé l'étincelle aux wargamers, la création de jeux à thèmes variés, le tout pour aboutir à un mode de jeu avec arbitre (referee en anglo-saxon ; ce qui est l'origine de nos D.M.). Après l'introduction d'un arbitre qui était principalement là pour apporter une touche subtile aux wargames, à savoir le « brouillard de guerre » ; chaque camp/joueur ne voyait véritablement qu'une partie de l'armée adverse et devait donc manoeuvrer avec des inconnues qu'il devait lever rapidement par le biais de reconnaissances. Ce mode de jeu nécessitait aussi de jouer en communiquant par messages écrits, comme à l'époque napoléonienne avec les estafettes. L'arbitre gérant le temps de transmission et la réussite ou non de telles communications (le messager pouvant tomber dans une embuscade et le document se perdre). Pour ainsi dire, nous approchons à grands pas du jeu de rôle, mais sur un thème militaire. Les figurines utilisées représentaient toujours plus de troupes que l'objet lui-même (une figurine pour 20 à 50 hommes). A la fin des années 1960, un des joueurs du groupe proposa de diminuer l'échelle en offrant aux joueurs d'endosser le rôle d'un chef de guerre ; puis de scénariser les parties, avec des enjeux militaires, politiques, économiques et sociaux. Nous sommes toujours dans le wargame, mais à une échelle beaucoup plus grande (attention, je fais référence à une notion de géographie ; ici), ce qui nous rapproche encore du jeu de rôle tel que nous le connaissons. C'est d'ailleurs dans la première partie de ce style que Dave ARNESON a vu son personnage se faire tuer en duel et il est ainsi dit qu'il est le tout premier mort du jeu de rôle...
   Au tout début des années 1970, Dave ARNESON prend le relais de l'arbitrage et propose aux joueurs de transposer leurs aventures dans un monde médiéval-fantastique dont la pièce centrale ne sera autre que le fameux château de Blackmoor... Chaque joueur incarne un seul et unique personnage évoluant au fur et à mesure des sessions de jeu, lesquelles offrent aux participants la possibilité d'explorer les bas-fonds du castel en affrontant des créatures monstrueuses. Avec le temps, l'échelle se réduira (toujours au sens géographique du terme), étoffant la campagne environnante et permettant aux personnages qui survivent de s'installer comme seigneurs locaux...

Le jeu commercialisé originel...

Au final...


   La suite, vous la connaissez ; enfin presque. Il faudra attendre pour avoir un éclairage sur la vision de l'époque T.S.R./GYGAX par les joueurs des Twin Cities. Toutefois, dans les quelques évocations de Gary GYGAX dans ce premier opus, personne n'a de mot malintentionné à l'encontre de l'individu (c'est même le contraire, ce qui reste une agréable surprise). En visionnant ce documentaire, nous nous apercevons qu'il y a une réelle volonté d'enterrer la hache de guerre mais en faisant une véritable lumière sur l'histoire de notre passion et ses origines. Rien que pour cette attitude, ce film vaut le coup. Mais c'est un vrai documentaire historique et certaines personnes citées comme ayant aidé à la réalisation sont très facilement abordables sur des forums et autres blogs... La transparence est de mise et ce documentaire reste sincère, honnête et humble. Il ne cherche pas à mettre Dave ARNESON sur un piédestal ; c'est simplement une mise en abîme différente et plus honnête.
Ceci est d'autant plus vrai que plusieurs des intervenants expliquent très bien le fait qu'il n'y a jamais eu de planification, que les choses se sont mises en place presque d'elles-mêmes. Un peu comme un très jeune enfant qui découvre la marche et le monde qui l'entoure. C'est une concordance d'idées qui ont amené ces joueurs à créer un nouveau jeu, d'un style totalement novateur et qui allait changer le monde.

   Pour conclure, je vais citer les joueurs originaux : « une chose est très claire ; quelque chose de magique était en train de se passer dans les Twin Cities » !


Dave ARNESON



Installez-vous sur votre canapé et... en route pour l'aventure compagnons !

mercredi 22 mai 2019

Histoire de...

Raconter l'histoire de Dungeons & Dragons



   Cet opus, publié en 2018 par Oh My Game, a pour visée de brosser l'historique de ce jeu magique qu'est Dungeons & Dragons et cela depuis la genèse de l'idée jusqu'à l'édition actuelle, qui est donc la 5ème.
L'aspiration de cet ouvrage est donc louable, surtout qu'il est rédigé par un Français et en français et peut alors toucher beaucoup plus facilement le public de l'Hexagone. Pour atteindre son objectif, l'auteur s'est donc fendu d'un texte long de 140 pages (tout compris - et vous verrez par la suite pourquoi je précise cela). Il est à noter que le rédacteur est aussi cofondateur de la maison d'édition et que ceci peut - par ailleurs - expliquer la ligne éditoriale.

   Ce volume, de par son but, s'adresse à un lectorat très large qui peut tout aussi bien faire partie des « anciens » (comprenez par-là ceux qui ont commencé à jouer à Dungeons & Dragons à la fin des années '70 ou au tout début '80), que des joueurs confirmés (mais qui n'ont pas connu ce temps-là), que des néophytes voire même de personnes qui ne jouent pas ou ne connaissent pas le jeu de rôle et qui veulent se cultiver sur un sujet propre à la culture populaire.


L'ouvrage tel qu'il est...


   L'écrivain de ce recueil, Fabrice Sarelli, a l'avantage d'être un vieux briscard qui a fait partie de l'avant-garde française des rôlistes, notamment sur Paris et sa région. Par ailleurs, son C.V. fait apparaître quelques noms évocateurs : T.S.R., Transecom et Hexagonal, pour ne citer que les acteurs majeurs du développement de ce loisir en France dans les années '80. Nous pouvons alors, légitimement, nous attendre à de la haute voltige avec une érudition non moins importante.
   Avec un titre comme « L'histoire de... », j'espérais un volume fort bien nourri, apportant des éclaircissements sur certains détails de l'historique de ce jeu. C'est, quoi que de manière - au final - assez pauvre, le cas pour un peu plus de la moitié de l'ouvrage. Disons que les versions O.S.R. du jeu (tout ce qui est avant la 3ème édition) sont relativement bien fournies. A partir de l'année 2000, les productions présentées sont bâclées. Contenant des textes trop courts, avec peu de véritables informations et beaucoup trop de photographies et autres illustrations, cette partie du livre ne nous apprend rien et finit même par lasser le lecteur (en tout cas, cela a été mon cas).
   Si je me réfère aux premières quatre-vingt-dix pages (à peu près), même là nous pouvons rester sur notre faim. La genèse, les éditions « originelles » telles que OD&D ou bien D&D (Basic/Expert) ou encore AD&D sont globalement bien construites. L'ouvrage commence à devenir poussif dès la seconde édition... Cette dégradation est d'ailleurs annoncée car plus on avance dans la lecture de l'opus, plus nous glissons vers une sorte de catalogue illustré comprenant des aspects techniques du monde de l'édition, notamment avec les années de publications de tel ou tel supplément ou livre. Certes, pour les puristes et les collectionneurs, ces éléments sont importants. 
Mais n'aurait-il pas été plus judicieux de travailler davantage le texte, de nourrir plus en profondeur les connaissances liées à l'érudition pour ensuite conclure l'ouvrage par des annexes regroupant les documents iconographiques ? La lecture en aurait été plus aisée et - surtout - l'auteur se serait rendu compte plus facilement que son texte méritait davantage de développement. J'attendais, par exemple, des explications détaillées à propos du duo Arneson/Gygax ; mais le politiquement correct l'a emporté sur la connaissance. 

   L'impression globale qui m'est restée lorsque j'ai refermé ce livre, c'est un arrière goût de travail bâclé. Je déplore cela car je ne doute aucunement que l'auteur pouvait faire mieux ; bien mieux. Par son vécu, ses relations avec d'autres « anciens », il aurait pu approfondir ce document. Il était tout à fait possible, pour satisfaire le public francophone, de s'appuyer sur une bibliographie solide (et elle existe !) tout en augmentant la réflexion du vécu français. De la sorte, nous aurions eu un livre qui pouvait nous conter l'histoire de ce jeu... De plus, la toute fin est particulièrement pénible. Fabrice Sarelli se perd en conjectures sur la possible - et potentiellement effective - publication d'une sixième édition ! Qu'est-ce que cela apporte à l'histoire même du jeu puisque nous évoquons quelque chose qui n'existe encore pas ?!?! D'ailleurs, après la 6ème, il y aura une 7ème, puis une 8ème etc. ; jusqu'à ce que le terreau des nouveaux joueurs s'épuise. Nous savons tous que les aspects purement commerciaux motivent de telles évolutions ; mais ce n'est pas la peine de noircir des pages avec ce genre de discours et de réflexions puérils, stériles.

   Quoi qu'il en soit, ce petit opus vaut la peine d'être lu, ne serait-ce que pour sa première moitié. L'invention du principe du jeu, par des wargamers, est riche d'enseignements. Les vieux grognards (grognons ?!?!) - dont je fais partie - seront probablement déçus et, pour eux, cela ne restera pas le livre de la décennie. Quant aux autres, les néophytes, les jeunes et les curieux, ce bouquin leur apportera un éclairage certain qui, je l'espère, leur donnera envie d'approfondir leurs connaissances sur ce jeu véritablement magique.



En attendant... à vos dés !